Taxe rose: les femmes paient-elles réellement plus cher?

Taxe rose: les femmes paient-elles réellement plus cher?
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Être une femme, c’est dispendieux! Il y a bien sûr les produits hygiéniques féminins à se procurer, puis généralement, quelques cosmétiques, sans oublier la coupe de cheveux souvent deux fois plus cher que celle pour homme. Mais, ce n’est pas tout. C’est aussi le cas pour l’achat de vêtements, les prix du nettoyeur et même, pour les jouets pour enfants! Logique, tout ça? Pas nécessairement.

La situation a suffisamment inquiété la ville de New York pour qu’elle se penche sur la question. Elle a publié l’an dernier les résultats étonnants de son étude lors de laquelle 800 produits avec des versions clairement masculine et féminine de plus de 90 marques vendues dans une vingtaine de détaillants ont été étudiés. Résultat? Dans 42 % des cas, la femme payait plus cher. Dans 40 % des cas, les prix étaient les mêmes et dans seulement 18 % des cas, les hommes payaient plus cher pour le produit. Il y a plusieurs années, on a baptisé « taxe rose » cette différence de prix. Existe-t-elle au Québec?

« On a beaucoup moins étudié la situation au Québec et les avis sont partagés, mais on remarque tout de même des tendances », affirme Marie Lachance, professeure et chercheuse en consommation à l’Université Laval.

Un soupçon d’opportunisme?

Dans le domaine des soins corporels et des cosmétiques, les entreprises ont le beau jeu.

« Ces produits attirent les femmes, la demande est présente, elles sont prêtes à payer pour s’en procurer et en plus,  plusieurs pensent souvent qu’un produit plus dispendieux sera plus efficace, constate Mme Lachance. Les entreprises le savent, c’est un marché énorme, alors c’est certain qu’elles en profitent. »

Par contre, cette réalité commence de plus en plus à toucher les hommes. On le voit notamment dans les publicités de déodorant (assez dispendieux!) qui visent les jeunes hommes, ou encore, avec l’apparition de crèmes en version masculine dans les grandes marques de produits de beauté.

« Ces produits sont un pôle de dépense en grande croissance chez les jeunes hommes », remarque Mme Lachance.

La voiture est aussi souvent synonyme de prix plus élevé pour la femme, que ce soit à l’achat, ou lorsque la liste des réparations à faire s’allonge.

« Dans le passé, et c’est peut-être encore un peu le cas aujourd’hui, les femmes avaient moins d’expertise dans plusieurs domaines d’affaires parce qu’elles restaient au foyer, explique Mme Lachance. Je crois que lorsqu’elles ont commencé à faire des achats de ce genre de produits et services, des commerçants en ont peut-être profité. Par contre, les femmes ont gagné de l’expérience au fil du temps et je crois que les choses ont évolué. »

À n’y rien comprendre!

On peut toujours tenter de trouver des raisons pour expliquer les écarts de prix, mais parfois, la tâche est ardue.

L’étude new-yorkaise montre des captures d’écran prises sur le site d’une grande marque de jeans. Le modèle pour homme: 68 $. Le même modèle pour femme: 88$. Encore plus surprenant : une trottinette rouge dans la section des garçons d’un grand magasin: 24,99 $. La même trottinette rose cette fois, au rayon des filles: 49,99 $. Le double du prix!

Appelée à disparaitre?

Alors que les femmes sont de plus en plus des consommatrices averties et que l’information circule rapidement sur le web, peut-on croire que cette taxe rose sera bientôt chose du passé? D’après Marie Lachance, il faudra davantage pour amener les entreprises à changer leurs façons de faire. « C’est toujours facile pour une entreprise de défendre ses prix en disant par exemple que la femme a des exigences plus grandes. » Par contre, il ne faut pas négliger l’impact que peut avoir une grande mobilisation dans les médias.

« S’il y avait vraiment un grand mouvement de dénonciation dans les médias sociaux et que c’était repris par les grands médias, je crois que ça pourrait faire bouger certaines entreprises», affirme Mme Lachance.

Édité le 22 décembre 2016

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